Thrombopénie induite
par l’héparine :
Quand y penser et que faire ?
(GEHT)
Une thrombopénie
induite par l'héparine (TIH) peut survenir sous HNF quelle
que soit la posologie et le mode d'administration mais aussi lors d'un
traitement par une HBPM.
Les critères du diagnostic
Une TIH doit être
évoquée devant :
1) Une diminution typiquement
brutale et importante, mais parfois progressive de la
numération plaquettaire survenant à partir du
5ème jour de traitement. La thrombopénie est
souvent franche < 100 Giga/l ;
2) parfois les plaquettes sont en
valeur absolue normales, et seule une diminution relative de leur
nombre d'au moins 40 % par rapport à une valeur
préalable en début de traitement est
objectivable ;
3) Dans certains cas, la
thrombopénie survient plus tôt si le malade a
précédemment et récemment
été exposé à une
héparine ou à un héparinoïde.
Le diagnostic de TIH est moins vraisemblable au delà de
trois semaines de traitement. Des signes biologiques de coagulopathie
de consommation voire même de CIVD typique sont parfois
présents ;
4) Le diagnostic de TIH est plus
vraisemblable si la thrombopénie est associée
à des manifestations thrombotiques. Les thromboses
artérielles sont évocatrices, mais aujourd'hui
assez rares. Les thromboses veineuses sont plus fréquentes,
souvent sévères et compliquées
d'embolie pulmonaire. Elles sont parfois cliniquement latentes, et
seront recherchées systématiquement.
Le diagnostic clinique d'une TIH
est toujours très difficile à affirmer
même si la numération des plaquettes est
corrigée après arrêt de
l'héparinothérapie. Il est donc nécessaire
de confirmer le diagnostic par des tests biologiques
puisqu'en dehors d'une TIH authentique, l'arrêt de
l'héparine peut être une décision
potentiellement préjudiciable lors de certaines situations.
Il est de plus indispensable d'identifier les malades à
risque de récidive de TIH pour limiter les prescriptions
ultérieures d'héparine et la survenue de nouveaux
accidents. Les TIH sont associées à des anticorps
de classe IgG qui activent les plaquettes ainsi que le
revêtement endothélial vasculaire en
présence d'héparine ou d'oligosaccharides
sulfatés. La thrombopénie et les thromboses
résultent de cette activation plaquettaire et d'une
importante génération de thrombine. Les anticorps
reconnaissent dans la plupart des cas des complexes
macromoléculaires associant l'héparine et le
facteur plaquettaire 4.
Ces anticorps peuvent
être détectés dans le plasma des
malades à l'aide de deux types de tests
: tests fonctionnels qui recherchent une
activation plaquettaire induite par le plasma ou le sérum en
présence d’héparine, et des tests
immunologiques qui mettent en évidence la
présence d’anticorps dirigés contre le
facteur plaquettaire 4 ou PF4 (tests ELISA). Les tests fonctionnels les
plus pratiqués en France sont les tests
d'agrégation plaquettaire. Ils sont longs à
réaliser, non standardisés et de
sensibilité variable d'un laboratoire à l'autre.
Les tests ELISA ont une
excellente sensibilité mais une
spécificité imparfaite puisque les anticorps
anti-FP4 héparine-dépendants peuvent aussi
apparaître chez des patients traités par
l’héparine et ayant une numération
plaquettaire normale. De plus, les tests ELISA peuvent être
négatifs lors d’authentiques TIH
attribuées à des anticorps spécifiques
de chemokines différentes du PF4 telles que
l’IL-8. Dans ces cas seuls les tests plaquettaires
fonctionnels sont positifs. En pratique [59], il est donc souvent utile
voire même indispensable d'associer un test d'activation
plaquettaire à un test ELISA pour affirmer le diagnostic de
thrombopénie induite par l'héparine. Il faut
savoir que les anticorps ne restent détectables que quelques
semaines après arrêt de l'héparine.
Conduite à tenir et traitement d'une TIH
1° Dès
la suspicion clinique du diagnostic de TIH, l'arrêt
de l'héparine est impératif sans
attendre les résultats des tests biologiques.
2° Même chez les
malades ayant une TIH certaine ou probable avec
thrombocytopénie isolée asymptomatique, il est
préférable de prescrire un
traitement antithrombotique de substitution car le
risque de thrombose ultérieure est très
élevé dans cette situation médicale
particulière.
Les antivitamines K prescrits
d’emblée sont à éviter car
ils majorent initialement le risque thrombotique en diminuant
rapidement le taux de protéine C, un inhibiteur
physiologique de la coagulation dont la demi-vie est courte
(< 6 h). Leur utilisation exclusive peut
favoriser la survenue d'une gangrène veineuse des membres
inférieurs. Les antiagrégants plaquettaires
conventionnels comme l'aspirine sont inefficaces. Les HBPM sont dans
plus de 90 % des cas reconnues par les anticorps de TIH et ne
peuvent donc pas être utilisées sans risque.
Deux options
thérapeutiques doivent être
choisies préférentiellement: le
danaparoïde sodique (Orgaran®) et la
lépirudine (Refludan®). Le lecteur trouvera des
renseignements complémentaires sur ces deux nouveaux
médicaments dans le chapitre consacré aux
nouveaux antithrombotiques.
— Le danaparoïde
est utilisable par voie sous-cutanée lors d'une thrombopénie
isolée sans thrombose ou par voie
sous-cutanée ou intra-veineuse continue dans les cas
présentant des complications thrombotiques veineuses ou
artérielles. Pour environ 10 % des patients une
réactivité croisée des anticorps vis
à vis du danaparoïde est présente avec
exceptionnellement la possibilité d'une
thrombopénie persistante et d'une inefficacité du
traitement antithrombotique. Chaque fois que cela est possible, il faut
rechercher une réactivité croisée
entre danaparoïde et héparine.
— La lépirudine
est le deuxième antithrombotique utilisable mais uniquement
lorsque la TIH est associée à une
thrombose. Cette antithrombine sélective et
puissante est administrée par voie intraveineuse continue
avec une surveillance biologique délicate. Ce
problème est abordé dans le chapitre sur les
nouveaux antithrombotiques.
Il est
préférable d'attendre que la numération
plaquettaire soit au préalable partiellement
corrigée (supérieure à 100 x 109/l)
avant d'entreprendre un relais par AVK. Le
danaparoïde n’interfère pas avec la
détermination de l’INR tandis que la
lépirudine le majore de façon significative, ce
qui rend le relais plus difficile à surveiller. Chez ces
malades il peut être nécessaire de mesurer le taux
des facteurs VII, X et II (facteurs vitamine K dépendants).
Un traitement par lépirudine doit être
surveillé par une équipe clinico-biologique
avertie par ces problèmes.
Prévention des TIH
La surveillance
régulière de la numération
plaquettaire deux fois par semaine est nécessaire chez tous
les malades traités par une héparine quel qu'en
soit le type (HNF ou HBPM) et l'indication (traitements
curatifs et préventifs). Il est
préférable lorsque cela est possible de
réduire la durée des traitements par les
héparines avec un relais précoce par les
antivitamines K.
Chez un malade ayant un antécédent
récent (moins de 3 mois) de TIH, il faut éviter
la prescription d'héparine. Si un traitement
anticoagulant est nécessaire, le danaparoïde est un
choix possible mais avec une surveillance rigoureuse de la
numération des plaquettes, en raison du risque faible mais
réel d’allergie croisée. La
lépirudine peut également être
utilisé en cas de manifestation thrombotique
associée. Il n’y a pas d’allergie
croisée entre lépirudine et héparine.
À
distance d'une TIH (au delà de 3 mois), la disparition des
anticorps initialement présents sera
vérifiée en ELISA et l'utilisation
d'une héparine est alors envisageable mais uniquement pour
une durée de traitement très courte, de 3
à 5 jours en préférant une HBPM, et
avec un relais précoce par un antivitamine K. Ici encore une
numération plaquettaire quotidienne sera
effectuée.
EN PRATIQUE :
Ce
prélèvement nécessite : 2 tubes
citrate (bleu ciel) + Héparine en cause. Ces tests sont
à la charge du patient et coûtent 59 euros. Ils
doivent impérativement être effectués
au laboratoire le matin du Lundi au Jeudi avant 9 heures.
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