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Transferrine pauvre en acide sialique (CDT)

Biochimie : qu'est ce que la CDT ?

La transferrine, protéine de transport du fer, est une glycoprotéine de 80KD avec une chaine polypeptique et deux chaines de polysaccharides. Ces chaînes ont des résidus terminaux d'acide sialique.

La transferrine humaine se présente sous différentes isoformes en fonction des taux de sialylation :

Isoforme tétrasialylée 80 %
Isoforme pentasialylée 15 %
Isoforme hexasialylée <0 1 %
Isoformes peu sialylées 0< 2 %
(comportant moins de 4 molécules d'acide sialique)


La consommation abusive et répétée d'alcool modifie la répartition des formes moléculaires, même si la concentration globale reste inchangée.

Il en résulte une augmentation sérique des formes peu sialylées :
asialotransferrine, monosialotransferrine, disialotransferrine,
trisialotransferrine désignées sous le nom de CDT.

Le mécanisme d'altération de la transferrine par l'alcool a été identifié : il s'agit d'un défaut de sialylation au cours de la biosynthèse avant son excrétion par les hépatocytes par inhibition des sialyltransférases membranaires.

Caractéristiques de la CDT

Toutes les données expérimentales indiquent qu'une consommation comprise entre 50 et 80 g par jour pendant au moins une semaine modifie la répartition des formes moléculaires de la transferrine : la concentration en transferrine tétrasialylée diminue alors que les formes peu sialylées telle la CDT, augmentent notablement.

A l'arrêt de l'intoxication éthylique, la CDT retrouve des valeurs "normales" entre 2 et 4 semaines.

La ½ vie de la CDT est de l'ordre de 14 à 17 jours d'ou l'interêt en cas d'alcoolisation intermittente ou de rechute.

Si la réalcoolisation survient peu de temps après le début de l'abstinence, la CDT augmente en quelques jours.

En dehors de la consommation excessive et chronique d'alcool, peu de conditions connues augmentent les taux de CDT. En effet, la CDT ne semble pas influencée par la plupart des maladies hépatiques non liées à l'alcool à la différence des marqueurs classiques.

Facteurs influençant la CDT

- type de consommation

- durée en jour entre le prélèvement de l'échantillon et la date de la dernière consommation

- quantité d'alcool consommée

- sexe du patient (taux plus élevé chez la femme)

- grossesse

Faux positifs

- insuffisances hépatiques sévères (Cirrhose biliaire primitive CBP, hépatites chroniques actives HCA).

- De même, une variante génétique D de la transferrine semble produire des élévations du taux de CDT(variante très rare en Europe).

- Enfin, une pathologie congénitale très rare : le CDG syndrome (Carbohydrate Deficient Glycoprotein syndrome) produit des valeurs très élevées de CDT. Les taux sont si élevés qu'il est très improbable qu'ils soient interprétés comme étant liés à la consommation d'alcool.

Facteurs n'influençant pas le taux de CDT

- les pathologies (cirrhoses, cancer du pancréas, infarctus, syndrome hépatique)

- l'ingestion régulière de divers médicaments tels que les anticonvulsivants, antipsychotiques, anticoagulants, analgésiques.

- Surcharge pondérale

- Tabac

- Alcoolisation aigue

- Consommation modérée d'alcool ( < 40 g/j)

- diabète

Principe du dosage:

A l'heure actuelle, les deux principales méthodes de mesure sont :

- Soit isoélectrofocalisation en gel de polyacrylamide suivie d'une immunofixation : technique longue et difficile peu réalisable en routine.

- Soit élution des transferrines à l'aide de microcolonnes de chromatographie échangeuse d'ions. Cette séparation est suivie d'un dosage basé sur une réaction antigène-anticorps : radioimmunologie, enzymologie, turbidimètrie.

Dans notre laboratoire, nous utilisons une technique immunologique hétérogène comportant une séparation sur colonne suivie d'une mesure turbidimètrique.

Une méthode analytique alternative peut être utilisée pour confirmer un résultat. La chromatographie liquide d'échange d'ions haute performance (CHPLC) est la méthode de confirmation de choix.

Recueil des échantillons

La mesure du CDT s'effectue sur sérum uniquement. Le plasma ne doit pas être utilisé.

Interprétation et valeurs de référence

Des prises quotidiennes d'alcool excédant 60 g d'éthanol* pendant des périodes supérieures à 2 à 4 semaines peuvent entraîner des valeurs de CDT supérieures à 6 % de la transferrine totale.

Basées sur des tests cliniques, les valeurs de % CDT attendues pour une abstinence totale varient de 0 à 5 %.

Nous avons établi nos propres valeurs de référence (n=20) et nous avons obtenu une moyenne de 3,5 % (minimum 2,5 % maximum 4,2 %).

Interêt clinique

LA CDT de par ses caractéristiques permet à la fois le diagnostic précoce et la prévention des problèmes d'alcool, le suivi des sevrages et du maintien de l'abstinence.


Dans le diagnostic précoce et la prévention des problèmes d'alcool

L'utilité du dépistage précoce des problèmes d'alcool avant que n'apparaissent les conséquences nocives ou comportementales, psychologiques ou sociales sont indiscutables.

La plupart des consommateurs excessifs, non alcoolodépendants sont vus par la médecine du travail, le médecin généraliste ou les Centres d'hygiène Alimentaire et d'Alcoologie pour lesquels un marqueur fiable est indispensable.

De par sa sensibilité et son excellente spécificité, la CDT, perturbée plus précocement que la GGT, paraît être un marqueur utile dans le diagnostic précoce et la prévention des problèmes liés à l'alcool.

En cas de difficultés diagnostiques

Il a été démontré que 25 % des alcoolodépendants auraient des taux de GGT normales. Une étude récente a montré des résultats de sensibilité et de spécificité excellents dans cette population (respectivement 84% et 92%)

Par ailleurs, la CDT permet la vérification d'une suspicion, critère pouvant être intéressant dans les activités médico-légales, comme les commissions primaires de permis de conduire chargées d'évaluer les risques d'alcoolisation pour la restitution ou le renouvellement des permis de conduire.

Enfin le taux de GGT étant fréquemment influencé par des conditions physiologiques ou pathologiques diverses non liées à l'alcool, sa valeur peut être altérée dans certains contextes. L'utilisation de la CDT permettra de s'affranchir de ce type de controverse.

Dans le suivi du sevrage et le diagnostic précoce des rechutes.

L'utilisation d'un marqueur plus spécifique de la consommation alcoolique semble utile dans le suivi des patients en cure de désintoxication et le maintien de l'abstinence.

Du fait de sa spécificité sur la consommation d'alcool et de sa demi vie courte, la CDT devient donc un test de référence pour le suivi du maintien de l'abstinence et pour le diagnostic plus précoce des rechutes. Il paraît approprié pour cela de réaliser un premier dosage avant le début du sevrage, toutes les semaines jusqu'à un mois, puis à 3 mois et six mois, et en cas de suspicion de rechute.

Prudence dans l'interprétation de ce dosage lorsqu'il ne s'agit plus du suivi d'alcoolique chronique mais de déterminer si un individu est buveur : la spécificité n'est pas de 100 % ; il ne doit pas être utilisé pour le dépistage général des alcooliques dans la population générale.

Caractéristiques comparées des différents marqueurs biologiques de l'imprégnation éthylique
CDT GGT VGM
Sensibilité 39-94% 34-84% 15-69%
Spécificité 82-100% 11-85% 26-91%
½ vie 14-17 jours 2-3 semaines 3 mois
Normalisation 4 semaines 2 mois 10-12 semaines
Quantité d'alcool nécessaire pour augmentation 50-80g/j 80-200g/j
Durée d'alcoolisation nécessaire pour augmentation 1 semaine Plusieurs semaines
Influences Grossesse
Atteinte hépatique
très sévére
Cirrhose Biliaire
Primitive
Hépatite Chronique
Active
Variant génétique D
de la transferrine
Syndrome CDG
pathologies :
cirrhose du foie
pancréatite
cholestase
infarctus
médicaments :
carbamazépine
barbituriques
antidépresseurs
autres :
obésité
diabète,
Contraceptifs oraux
Déficience
en folates,
en vit B12
Pathologie thyroidienne
Tabagisme
Pathologies hépatiques
non liées à l'alcool
Anémie de Biermer
Pour mémoire : estimation de la prise d'alcool

Une bouteille de bière (0.5 l à 4 %) contient 20 ml d'alcool = 16 g d'éthanol

Une bouteille de vin (0.7 l à 10 %) contient 70 ml d'alcool = 55 g d'éthanol

Conclusion

La CDT est maintenant reconnue comme un marqueur plus spécifique et plus sensible de la consommation d'alcool que les marqueurs conventionnels.

La CDT apparaît comme un outil de choix pour le diagnostic précoce des consommateurs à risque, pour le dépistage des alcoolodépendants à GGT normales, ainsi que pour le suivi du maintien de l'abstinence et le diagnostic des rechutes.


Références

Transferrine déficiente en carbohydrate : F. Hourcade, M.N. Meunier-Loiseaux, M.P. Plazonnet, F. Planche, R. planche, M. Reynaud, feuillets de Biologie, 1998, vol XXXIX, N°220

La CDT comme marqueur d'abus d'alcool : mécanisme et aspects analytiques : F. Schellenberg, J.P. Muh, Revue Française des laboratoires, avril 1998, N°302

La transferrine déficiente en hydrates de carbone : quoi de neuf 20 ans plus tard ?, F. Schellenberg, H. Mouray, Ann Biol Clin, vol 58, n°3,mai-juin 2000.

La Transferrine désialylée (CDT) en pratique alcoologique quotidienne, F. Planche, B. Maradeix, L. Malet, M. Plane, R. Planche, M. Reynaud, Alcoologie, 1998, 20 (2) : 127-135.

 

Nouvelle analyse : LA CDT (transferrine pauvre en acide sialique)

Marqueur le plus spécifique d'une consommation élevée et chronique d'alcool

Qu'est ce que la CDT ?

La transferrine humaine se présente sous différentes isoformes en fonction des taux de sialylation : tétrasialylée 80 %, pentasialylée 15 %, hexasialylés 1 %, peu sialylés < 2%

La consommation abusive et répétée d'alcool modifie la répartition des formes moléculaires, même si la concentration globale reste inchangée.

Il en résulte une augmentation sérique des formes peu sialylées :
asialotransferrine, monosialotransferrine, disialotransferrine,
trisialotransferrine désignées sous le nom de CDT.

Caractéristiques de la CDT par rapport aux autres marqueurs
CDT GGT VGM
Sensibilité 39-94% 34-84% 15-69%
Spécificité 82-100% 11-85% 26-91%
½ vie 14-17 jours 2-3 semaines 3 mois
Normalisation 4 semaines 2 mois 10-12 semaines
Quantité d'alcool nécessaire pour augmentation 50-80 g/j 80-200 g/j
Durée d'alcoolisation nécessaire pour augmentation 1 semaine plusieurs semaines

En dehors de la consommation excessive et chronique d'alcool, peu de conditions connues augmentent les taux de CDT. En effet, la CDT ne semble pas influencée par la plupart des maladies hépatiques non liées à l'alcool à la différence des marqueurs classiques (faux positifs CDT : 5 % / faux positifs GGT : 25 %)

Recueil des échantillons

La mesure du CDT s'effectue sur sérum uniquement. Le plasma ne doit pas être utilisé.

Interprétation et valeurs de référence

Des prises quotidiennes d'alcool excédant 60 g d'alcool pendant des périodes supérieures à 2 semaines peuvent entraîner des valeurs de CDT supérieures à 6 % de la transferrine totale.

Basées sur des tests cliniques, les valeurs de % CDT attendues pour une abstinence totale varient de 0 à 5 %.

Interêt clinique

Dans le diagnostic précoce et la prévention des problèmes d'alcool :

De par sa sensibilité et son excellente spécificité, la CDT, perturbée plus précocement que la GGT, paraît être un marqueur utile dans le diagnostic précoce et la prévention des problèmes liés à l'alcool. La plupart des consommateurs excessifs, non alcoolodépendants sont vus par la médecine du travail, le médecin généraliste ou les Centres d'hygiène Alimentaire et d'Alcoologie pour lesquels un marqueur fiable est indispensable.

En cas de difficultés diagnostiques

Il a été démontré que 25 % des alcoolodépendants auraient des taux de GGT normales. Une étude récente a montré des résultats de sensibilité et de spécificité excellents dans cette population (respectivement 84 % et 92 %).

Par ailleurs, la CDT permet la vérification d'une suspicion, critère pouvant être intéressant dans les activités médico-légales, comme les commissions primaires de permis de conduire chargées d'évaluer les risques d'alcoolisation pour la restitution ou le renouvellement des permis de conduire.

Le taux de GGT étant fréquemment influencé par des conditions physiologiques ou pathologiques diverses non liées à l'alcool, sa valeur peut être altérée dans certains contextes. L'utilisation de la CDT permettra de s'affranchir de ce type de controverse.

Dans le suivi du sevrage et le diagnostic précoce des rechutes
L'utilisation d'un marqueur plus spécifique de la consommation alcoolique semble utile dans le suivi des patients en cure de désintoxication et le maintien de l'abstinence.

Du fait de sa spécificité sur la consommation d'alcool et de sa demi vie courte, la CDT devient donc un test de référence pour le suivi du maintien de l'abstinence et pour le diagnostic plus précoce des rechutes.

Conclusion

La CDT est maintenant reconnue comme un marqueur plus spécifique de la consommation d'alcool élevée et chronique que les marqueurs conventionnels.

La CDT apparaît comme un outil de choix pour le diagnostic précoce des consommateurs à risque, pour le dépistage des alcoolodépendants à GGT normales, ainsi que pour le suivi du maintien de l'abstinence et le diagnostic des rechutes.

 

Mise en ligne le 01/06/2003